
04.10.09 – en piste pour Bayangol J’ai le réveil un peu triste, je pense au mariage de Lucile&Charles, au mois d’août qui a filé à toute allure et je crains que mon genou ne me fasse souffrir. Nous trouvons sans problème le départ de la piste depuis Arvaikhir pour nous rendre à Bayangol 75kms plus loin. Il n’y a plus d’asphalte jusqu’à notre destination finale Dalandzadgad (390kms) ni même de ville. Le temps est magnifique et surprise : pas un poil de vent. Ca y est, nous en avons fini avec les montagnes, elles sont derrière et devant nous l’immensité à perte de vue et les mirages. Voilà une journée comme on les aime, les kms filent tout seul, 25kms en 1h30, ça fait plaisir, ça nous met du baume au cœur et nous fait oublier les cailloux sur la piste. Jusqu’au km 40, journée de rêve, nous affichons un grand sourire jusqu’à…la fin de la piste ou plutôt la piste qui disparait comme ça ! Nous avons beau regarder à droite, à gauche, devant, sortir les jumelles, plus une trace. Nous finissons par apercevoir au loin sur notre droite un Mongol en mob, pour une fois il tombe bien, il est sur une piste ! Après avoir fait 3kms dans le néant, nous reprenons cette piste qui mène également au Sud. Et là, c’est la misère qui commence d’une moyenne de 15-20kms/h, nous passons à 10 puis à 8, la piste est tout bonnement dégeulasse, mi sable mi gravier et avec des vagues (comme si ça ne suffisait pas), nous patinons, nous nous enlisons, nous faisons des sorties de piste à répétition. La joie s’arrête là, la galère n’en finit pas, la colère monte… A vol d’oiseau, le village que nous devions atteindre est à 15kms, mais nous ne voyons rien, strictement rien à l’horizon, si ce n’est des pistes toutes aussi sableuses les unes que les autres et qui s’entrecroisent. Dommage, mon genou était en forme, on se voyait bien faire 75kms aujourd’hui. Nous nous arrêterons à 17h30, lassés de nous enliser et frustrer. Comme chaque soir, la tente à peine déballée attire l’œil des Mongols en mob, et ça recommence ! ça touche au vélo, à la tente, ça s’assoit, nous regarde en chien de faïence. Lassés de notre indifférence après 10 minutes, ils reprennent leur mob. 1/2h après au moment de passer à table, rebelote, un nouveau Mr mob débarque, il nous regardera manger. C’est à cet instant très précis que je comprends ce que ressentent les animaux dans un zoo, quand une bande d’humains abrutis les regardent sans broncher. Cette fois, nous avons installé notre campement bien à l’écart des pistes. C’est pas grave, les mob s’arrêtent quand même à notre hauteur sans bouger de la piste et sortent leur longue vue…pour nous mater. A ce niveau là, c’est de la curiosité malsaine, c’est pas possible. J’ai envie de mettre une pancarte ! A la longue, c’est gavant. Si on ne les avait sur le dos que le soir, mais non, dès qu’on s’arrête 2 minutes en vélo pour boire ou faire le point sur la carte, y’a une mob sortie de nulle part qui débarque. On croise pourtant de moins en moins de monde, quand on a besoin d’une info y’a personne, mais quand on veut se reposer, ça nous tombe dessus comme des mouches. Comme dirait Phil, si au moins il y avait une lueur d’intelligence dans leur regard, mais non on attire vraiment les plus bennés, genre ceux qui hochent la tête tout le temps quand on leur pose une question ou ceux qui trouvent nos cartes topo aussi intéressantes qu’une BD (taux d’alphabétisation 98% quand même et tous les foyers sont équipés de TV, donc un blanc avec une carte c’est quand même pas un extra-terrestre !?), La prochaine fois que je vois un Mongol en France, je lui fais sa fête de la même manière ! Demain matin, il va falloir reprendre cette satanée piste sur laquelle nous n’avançons pas…ah le charme de la Mongolie… Pendant la nuit, nous aurons reçu la visite des Mongols du quartier de la steppe, à quelques dizaines de mètres de la tente, ils ont décidé de taper le bout de gras devant la tente à 2h du matin, ils ne dorment donc jamais…heureusement, ils ne s’approcheront pas de trop près. Faut surtout les imaginer ensuite, repartir en mob et traverser la vallée sans éclairage ! nous avons dû leur offrir leur divertissement du mois. 05.10.09 – Bayangol puis direction Sayan-Övoo Si hier a été la journée de la joie le matin puis de la frustration le soir, aujourd’hui aura été la journée de la loose ! Nous avons mis 3h à rejoindre le village de Bayangol sur de la piste ondulée et sablée, à 8kms/h de moyenne. Dans ces moments là, on se demande ce qu’on préfère : les côtes sur du bitume vent de face ou la piste sableuse relativement plate à perte de vue !? Nous choisissons la 1ère réponse Jean-Pierre, les côtes bitumées ! Moi, qui depuis hier pensais à l’Afrique, on est prêt pour le Paris-Dakar, 25kms de sable hier et 40 aujourd’hui. Nous nous enlisons, Mulot&Tornado chassent de l’arrière train comme s’ils étaient saouls, hop là, on reste sur la piste svp ! Ah oui, on ne vous l’avait pas dit, nous n’avons fait que 40kms aujourd’hui et pourtant ça n’a pas été de tout repos. Après avoir atteint Bayangol, nous avons tourné en rond pendant 3h pour chercher la satanée piste (toujours the piste, indiquée sur la carte qui partait temporairement en sens inverse pour mieux redescendre) que nous n’avons jamais trouvée. Nous n’avons pas voulu lâcher l’affaire tout de suite car nous espérions retrouver une piste praticable. Pas le genre de piste qu’on préfère finalement laisser sur le côté car le terrain vierge est presque meilleur. Il faut nous voir, nous jouons aussi les équilibristes, essayant de rouler au milieu sur la bande de terre plein, avant de ne déraper lamentablement et de bugger dans le sable. Nous haïssons les cartes mongoles et un instant les Mongols et toute la Mongolie. Faut vraiment être maso pour faire la Mongolie à vélo. Le moindre village est à 75kms, parfois le double, 150kms ! Des dizaines de pistes se croisent, vas trouver la tienne. Plus on pédale, moins en avance, on décide d’abandonner toute piste et de tracer à l’œil (enfin au GPS). Résultat de la journée, nous avons dépassé Bayangol de 5kms à peine…nous sommes dépités ! Nous relativisons, il fait beau, nous avons de l’eau et nous sommes tous les 2, heureusement pour nous soutenir. Demain sera un autre jour, plus que…310kms… Allo, la Providence !? Tu te manifestes quand tu le sens, mais demain ce serait bien (t’enlèves un peu de sable, un peu de vent ou tu nous remets une piste digne de son no et ce serait parfait). Ce soir, nous campons entourés des vaches, pas de mateur Mongol, ce sera notre nuit la plus tranquille. 06.10.09 - Depuis la nature perdue du nord de Bayangol vers Sayan Ovoo. Lost…sur la lune ! Au réveil ce matin nous étions remis de notre mauvaise journée d’hier, le temps semblait ne pas vouloir nous laisser en paix car des nuages menaçants donnaient au paysage un semblant de fin du monde. En effet malgré notre bonne volonté à vouloir retrouver LA piste qui nous mènerait en direction de Sayan-Ovoo, nous avons continué la piste de la veille au soir qui s’est finie.. en cul de sac près d’une Yourte abandonnée… comme un goût de déjà vécu ! A ce moment, je dois dire que la présence d’esprit de Peg nous a éviter de continuer à chercher des pistes qui n’existent que sur les cartes ou bien des reliefs qui n’en sont pas, elle a suggéré d’arrêter de se guider avec cette carte de m…. et de nous fier à mon GPS et de filer direction notre objectif du jour… : le Sud-Est, c’est à peu près par là. Que de merveilleuses heures avons-nous passé ce matin à couper à travers la steppe aride pendant près de 20km, à jouer à saute moutons au milieu des buissons sauvages et du sable. On tremble de partout et avons les parties intimes anéanties (même avec la couche du cycliste !). Pas âme qui vive autour de nous. Si il y a des jours où nous avons du mal à supporter le Mongol trop curieux de nos montures ou de notre tente, aujourd’hui nous avons fortement apprécié le contact que nous avons eu avec 2 d’entre eux (les 2 seuls de la journée en même temps, éleveurs en mob) ; le premier nous a confirmé que la direction que nous prenions à la boussole était la bonne et qu’il ne fallait pas compter sur une route ou piste (malgré ce que dit la carte) et le 2éme en grand sauveur nous a confirmé que nous étions sur la bonne piste (afin d’éviter un marécage, nous avons pris une piste et…), c’était LA bonne après 22 kms de m…. Peg aujourd’hui n’a pas rechigné au contact de ces 2 Mongols et s’est même enthousiasmée de leur rencontre !!! Il faut même avouer qu’elle a trouvé un nouveau jeu en Mongolie, elle joue à Yakari, elle cherche les signaux de la nature pour nous guider, quand elle voit au loin une fumée de poussière faite par une mob, elle se dit qu’il y a une piste ; quand elle voit des animaux alignés rester la tête baissée un moment, elle prie pour qu’il y ait de l’eau. Une fois sur la bonne route elle a avoué que ce matin elle doutait de notre capacité à survivre en ce milieu hostile (nous voyant tourner en rond au milieu de nulle part puis suivre une direction à la louche) ; et dire que nous aurions pu finir comme tous ces cadavres de chevaux, de chèvres, de vaches en train de se dessécher au milieu de nulle part… peu de chance de nous retrouver ! Ouf nous avons retrouvé le chemin, repris espoir, nous avons même fait notre première tentative de remplissage de la vache à eau dans un puit de la steppe, essai à confirmer avec plus de moyens car la vache se remplit très mal toute seule… pas si facile de faire couler une vache J Pour finir la journée en beauté (et oui, la Providence a fini par se réveiller), nous avons atteint une vallée où le vent ; qui depuis ce matin nous cassait l’oreille gauche en permanence a décidé de se mettre à nous souffler dans le dos, ce qui a augmenté notre moyenne du jour à environ 17km/h, énorme performance quand on sait que depuis deux jours nous atteignions péniblement les 8km/h. Nous déciderons de monter le camp 7km avant la ville, cette fois-ci nous arrivons même à l’apercevoir, espérons seulement que le vent cessera de nous importuner dans la soirée… 07.10.09 – Sayan Övoo- Mandal-ovoo (en 3 étapes) Etape de 50kms… Nous avons passé notre pire nuit de camping en Mongolie. Le vent n’a pas cessé de souffler, j’ai prié toute la nuit pour que Mulot&Tornado tiennent bon debout et qu’ils n’aient rien de casser au réveil ; la clochette de Mulot n’aura cessé de sonner toute la nuit, mais apparemment ils auront mieux dormi que nous. Le réveil est encore froid car le vent est toujours là, nous nous amusons pour replier le campement… Nous atteignons rapidement le bled de Sayan-Övoo qui n’est qu’à 7kms. Tout juste de quoi faire le plein en eau et en chocolat pour 2j, on va sauter à la corde, y’a vraiment rien dans ce trou. C’est parti pour la planète Mars, vent de face. C’est pas possible, pas une journée tranquille, nous roulons à 7kms/h, petit plateau-grand pignon : notre lot quotidien ; nous ne parcourons que 20kms avant la pause déjeuner. Après avoir eu un passage montagneux ensablé, histoire de nous mettre en appétit, nous avons droit en descente aux montagnes russes, les changements de vitesse n’auront jamais été aussi fréquents, je me croirais sur une piste de BMX. Nous retrouvons enfin du faux plat caillouteux ensablé, 1ère gamelle en douceur de Mulot avec atterrissage bien mou dans le sable, ça va rien de casser, c’était juste acrobatique. Dans l’après-midi, avec l’horizon à perte de vue, Phil s’écriera ce que je pensais tout bas « mais qu’est ce qu’on fout là !? ». Le ton est donné, bien qu’on ne sache vraiment à quoi s’attendre chaque jour, qu’on passe de la Lune à Mars, des montagnes au désert, des chevaux aux chameaux, on trouve le temps long. En toute et pour tout, nous aurons croisé aujourd’hui deux mob et une dizaine de chameaux. C’est maigre, fallait pas se planter de piste. Après le vent, le sable ; après le vent et le sable et maintenant le vent-le sable et plus personne. Ni faune, ni flore. Plus de yourte, plus de mateur, plus d’oiseau, plus RIEN ! Le prochain bled est à 85kms…ça fait froid dans le dos, on se sent tout petit et on se dit qu’on n’a qu’à bien se tenir, toujours sur la bonne piste et sans cascade. Nous dormons ce soir entourés de chameaux. Ca mange quoi un chameau ?! Les touristes égarés, les rétroviseurs de vélo !? Pffff, que 50kms parcourus…nous commençons à être noircis par le soleil et les 2 compagnons tout gris de poussière. Nous regrettons amèrement notre Paris-Marseille, avec ses pauses sandwichs-pâtisseries et les 80-100kms arrachés chaque jour. Mon rêve ce soir !? Arracher 80kms demain, d’un trait d’un seul pour arriver au prochain bled. Oui, on peut toujours rêver ! 08.10.09 – depuis nulle part vers..nulle part Etape de 53kms Si le paysage d’hier évoquait Star Wars à Phil, ce matin au réveil, c’est celui du film Dunes. Toujours rien, ni personne pour nous déranger. Pas un poil de vent, le réveil n’en est que plus agréable ! Les 2 premières heures se passent bien tranquilles à 12kms/h, c’est presque un record, on se sent pousser des ailes à cette vitesse (sans rire !). Nous découvrons plus tard que nous n’étions pas sur la bonne piste (comme d’hab), mais comme toutes les pistes mènent au même endroit (c’est notre expérience qui parle), toujours plus ou moins directement, nous ne désespérons pas. A l’unanimité, cette journée sera élue la journée la plus monotone de la semaine, voire du mois. C’est d’un plat…enfin d’un faux plat, pendant 50kms le paysage n’a pas changé. Imaginez-vous sur un plateau de cailloux, de chaque côté, devant, derrière… Seul élément nouveau, si on peut dire, le vent de face qui s’est levé et qui a fait tomber notre moyenne à 9kms, grrrrr (pour rester polie). Il parait d’après ce que j’avais lu, que le vent est à tendance nord-ouest en Mongolie, et bien c’est carrément faux. Je vais leur écrire, moi à ces guides touristico-culturels, nous l’aurons eu toute la semaine plein sud ! Quand je dis que la journée a été d’un ennui, c’est qu’en plus la piste suivait une ligne électrique. Au bord de la dépression, je me suis mise à compter les poteaux, puis les 100m qui les séparent pour en arriver à la conclusion suivante : 50kms = 500 poteaux (oui, oui, on fait un peu de maths quand on pédale, ça passe le temps afin de faire face à a réalité), oh my God, 500 poteaux…la journée va être longue ! Seule distraction de la journée, un mini van de touristes anglophones qui nous a doublé (oui sans mal…) et qui s’est arrêté pour prendre de nos nouvelles. « Crazy Frenches ! » oui c’est ça…si je regrette ?! Mais non, c’est une épreuve à surmonter comme dirait Phil (enfin c’est ce qu’il disait avant-hier, là il trouve que l’épreuve du sable et du vent a assez duré ;) Sinon rien, toujours rien, quelques chameaux mais dégun. Je le redis le silence et l’immensité, c’est flippant parfois ! L’immensité…, c’est ça la Mongolie, c’est impressionnant, déstabilisant et usant à la longue. Ça inspire un étrange sentiment par rapport au peuple Mongol : tout d’abord du respect pour affronter ce climat et cette géographie et finalement beaucoup d’incompréhension. Ils vivent comme au Moyen-âge (ok, la TV et la jeep en plus), mais comme dirait Yann « ils n’ont pas inventé l’eau chaude ». Ils ne cultivent rien, n’irriguent rien, n’entretiennent rien, ne cherchent pas à développer leur agriculture ou leur réseau routier (pour au moins faciliter les échanges commerciaux entre les villes ; c’est certain en dehors d’UB les autres villes comptent maximum 15 000 habitants, mais comme je le disais à part échanger/vendre de la peau de chameau contre celle de mouton, ils n’ont pas grand-chose à échanger). Sans parler d’exploitation, à outrance, c’est presque un gâchis de ne rien faire de tout ce territoire, niveau agriculture ou énergie solaire. Car la Mongolie est un pays qui importe énormément de denrées alimentaires (de Russie ou d’Allemagne) bien que leur alimentation de base soit très très limitée (mouton, riz, pomme de terre, parfois chou). Avec leurs chèvres, ils pourraient monter un vrai business de fromages, avec leurs yaks et poneys ouvrir des boucheries…et puis apprendre à planter quelques tomates et carottes… Revenons à nos vélos ! Ce qui est plaisant en vélo, c’est de voir un horizon et de l’atteindre en se demandant ce qu’il peut bien y avoir après. Aujourd’hui pourtant, quand on a eu atteint l’horizon, il y avait encore des dizaines de kms identiques à ceux déjà parcourus. Notre sourire tombe, nos dents se crispent même. On se force à ne pas penser (ne pas déprimer), à ne pas regarder le compteur kilométrique qui ne défile pas. Phil me parle de nourriture et se remémore les gros repas que nous avons faits avant notre départ (« qu’est ce que Michel nous avait fait à déjeuner le dimanche avant le départ ? ». une lueur d’espoir renait dans ses yeux (pour ne pas dire un filet de bave à ses lèvres ;), alors je me dis que ça va, il a retrouvé du courage. Nous avons intérêt à arriver demain midi à ce bled afin de faire des provisions, car nous n’avons encore plus rien à boire ni à manger (hormis notre sempiternel riz), et même plus de Tögrog (d’argent) … Phil n’a pas confiance pour donner sa CB dans un village mongol. Va pourtant bien falloir qu’on trouve un moyen, sinon pas de sous pas de nourriture. Mon rêve ne se sera pas réalisé, nous n’aurons pas atteint les 80kms, à cause de ce maudit vent encore. Ca gâche le plaisir de pédaler quand il devient une constante quotidienne. Alors ce soir, nous en sommes à calculer notre dernière grande étape, il nous reste 160kms avant Dalandzadgad, en 3j ça devrait être juste jouable si le vent n’est pas trop chiant. Mais je sens qu’on va se motiver pour pedaler plus vite (plus facile a dire au'a faire tout de meme...), car ça commence à nous peser ! Mulot&Tornado commencent aussi à fatiguer. Ils sont méconnaissables. Mulot a attrapé une bronchite du pédalier, il craque, je n’aime pas ça, faut dire qu’ils en mangent du sable ! Eux aussi aimeraient une bonne douche. 09.10.09 – de nulle part vers Mandal-ovöo Etape de 16kms En plus d’avoir suivi hier toute la journée les poteaux électriques, nous avons campé en dessous. A défaut d’avoir entendu les dunes chanter, nous avons entendu le concert d’un poteau électrique…c’était ma 1ère fois... et la dernière, j’espère. Je ne savais pas qu'un poteau pouvait etre habite et etre aussi bruyant. C'est terrible, se faire embeter par un poteau en plein milieu de la Mongolie... (Au passage, on a l’air un peu bête le soir, quand on se demande où planter le campement, on a tellement le choix, qu’on ne voudrait pas se retrouver sur le chemin d’un troupeau de chameaux ou d’une mob sans loupiote, alors le poteau électrique, ça a quelque chose de rassurant…). Bref, le matin le plus glacial qu’on ait connu en Mongolie. Pas un poil de vent durant toute la nuit, mais déjà à 7h du matin, il y va de cœur joie, alors nous avons la motivation au plus bas, en enfourchant Mulot&Tornado equipes comme des esquimaux.
Allez nous reprenons le chemin de nos poteaux électriques, mais je ne les compte plus, ils sont trop nombreux à perte de vue. Nous ne tarderons pas à pousser…ce n’est pas la panne, c’est le sable…qui devient bien trop épais. J’avais déjà essayé de dégonfler un peu les pneus afin de résister davantage (enfin plutôt l’inverse), mais rien n’y fait, c’est mort ! Le peu de fois où nous remonterons, ce sera pour se payer de la piste ondulée. La carte, fameuse carte, indique bien des zones ensablées, mais bien plus au Sud, à une centaine de km. Nous arrivons 16kms plus tard à Mandal-ovöo. A l’unanimité avec Phil, nous décidons de prendre un mini van pour faire les 140kms restant jusqu’à Dalandzadgad. Le cœur n’y est plus, pousser quelques kms dans le sable, plus d’une centaine, ça devient n’importe quoi, la persévérance a ses limites. Pendant les 3h du trajet, nous traverserons des paysages spectaculaires : des plateaux, aux montagnes rocheuses granitiques, aux dunes, au désert, à un oasis…recouverts aux ¾ de sable ! Je ne me le répéterai jamais assez, ça a été de l’intelligence de prendre ce mini van, nous n’aurions jamais pu faire ces 140 kms en vélo dans le sable. Pas un point d’eau, encore moins de ravitaillement, ni d’habitat, ça aurait été de la folie pure. Ce trajet en mini bus nous a également permis d’économiser des millions, ceux que nous aurions dû dépenser un jour pour nous mettre sur la liste des prétendants au voyage sur la Lune. Tout est bien qui finit bien ! Nous nous sommes battus contre les éléments naturels, avons déjà eu le temps de nous poser des questions sur nous-mêmes, nos capacités, notre voyage. Nous ne nous sommes jamais sentis aussi petits, l’immensité qui nous entoure a fini par envahir nos esprits. A un moment on ne pense plus, on pédale juste…ce n’est pas l’objectif à atteindre qui compte, c’est le chemin parcouru qui nous fait. Nous allons finalement nous en retourner à UB, car repartir plus à l’Est afin de rejoindre la frontière chinoise, comme nous le voulions au début, serait plus coûteux. Par ailleurs passer la frontière à vélo n’est pas autorisé. Et puis, nous avons un rdv le 10.10 à ne pas manquer J 10.10.09 – Dalandzadgad – UB Une journée en enfer ! Nous nous levons à 6h pour prendre le bus qui doit nous ramener à UB en 12h de trajet. Quand nous voyons le schmilblick à la gare routière, nous comprenons que la route ne va pas être de tout repos. Comme dans tous les bus asiatiques, tant que les portes fermes, il y a de la places, nous sommes 31 au lieu de 21…nous avons gagné les places au dessus de la roue arrière en plus des cartons sous les pieds, ça ne laisse plus beaucoup d’espace. On y va de bon cœur, ce soir nous serons à la capitale, nous avons prévu de nous faire un bon petit resto pour oublier nos 10j de riz/sauce tomate et puis d’appeler Jo pour son anniversaire ! Que le temps est long dans ce bus, je pensais que nous aurions du bitume pour faire les 600kms qui nous attendent, penses-tu, c’était un fantasme ! Cela nous rappelle le bus que nous avions pris au Vietnam pour faire Den Bien Phu à Hanoi, entassés comme des sardines, manquant de se renverser à chaque bosse ou virage. Si les accidents étaient fréquents en Mongolie, on en aurait entendu parler ! ? Les chauffeurs savent ce qu’ils font quand ils prennent une dune de 15% à fond les ballons chargés avec 30 personnes !? Le paysage est en plus de cela d’un monotone incroyable, cette fois sur 600km nous verrons la même chose : rien, de la plaine désertique ! Imaginez encore une fois, Paris-Valence, tout du long le même paysage. On essaie de se mettre à la mode locale, on baisse la tête et on ferme les yeux, rassurez-vous sans aucun espoir de pouvoir dormir. Nous ferons des arrêts tous les 150km, histoire d’avaler un petit bout de mouton bouilli et de faire le check up du bus. A chaque arrêt, c’est la même histoire, les passagers escaladent Mulot&Tornado qui prennent toute la place au milieu du couloir entre les valises et cartons. On monte sur les dossiers des sièges et on se suspend comme des singes aux barres du toit pour enjamber tout ce bazar. Cela se confirme même les plus âgés sont les plus habiles. Nous prenons un peu de retard, suite à une pause mécanique un peu plus longue que prévue, mais nous tenons bon plus que 170km quand…devinez quoi ? C’est la panne ! Il est 19h, il fait nuit noire, la température est déjà tombée à 0° et après une pause au milieu de 2 yourtes du désert, le bus refuse de passer la 1ère. Alors ça commence, le chauffeur et un passager s’équipent, tout le monde descend et en profite pour se retaper un bout de gras de mouton bouilli. Mulot est gentiment déchargé du bus car il était sur la plateforme qui permettait d’accéder au moteur et tout le toutime. 1h plus tard l’arbre de transmission est déposé, ainsi que la boite de vitesse. Ça sent le mauvais plan! Je n’ai aucune mais alors aucune envie de dormir ici. D’ailleurs c’est où ici ? Au beau milieu de nulle part, ça faisait longtemps, sauf que cette fois, on ne l’a pas choisi ! Vas-y chauffeur, tu peux le faire, ce bus c’est ton bébé, tu vas nous le remettre sur pied en moins de 2 !? Pas loin, 2h plus tard, il ronronne comme un lion, après lui avoir traficoter la boite de vitesse, tout le monde remonte dans le bus, il est 21h…(on devait arriver à 20h). Ouf, le soulagement, on ne va pas dormir à 30 dans le bus et par -10° ! Tout le monde a le sourire, le chauffeur tout fier met la musique à fond, nous sommes samedi soir, c’est ambiance disco dans le bus, tous les Mongols y vont à cœur joie et répètent les paroles de la chanson qui passe « you’re my heart, you’re my soul …» (tiens au passage, ils parlent anglais à présent…du moins ils chantent…). Quand….devinez quoi ? Si, si ! 20 minutes plus tard, seulement 20 petites minutes, nous avons dû parcourir à peine 8km, le chauffeur s’arrête net, fait le tour du bus, c’est re- la panne !!!!!! Nous avons 2 pneus crevés, rien que ça ! Mais il est pourri ce bus, il a oublié de le passer au contrôle technique et toutes les merdes vont arriver ce soir ou quoi !? Voilà ce que je me dis à 21h20…il fait toujours nuit noire mais -5° à présent. C’est de l’acharnement à ce niveau-là ! Le chauffeur se rééquipe, sort son kit de survie, fait brûler je ne sais quoi, ça sent le caoutchouc (je l’avais vu mater les pneus de Mulot, ouf tout va bien il est sain et sauf, on ne lui a rien pris). On se regarde tous dans le bus en chien de faïence. Un jeune essaie de détendre l’ambiance en racontant des blagues (en mongole bien sûr, il n’y a que nous pour ne pas les comprendre), mais c’est l’intention qui compte. D’autres, pour se réchauffer le cœur, commencent à picoler…c’est vrai aussi qu’il fait très froid dans le bus, même si le chauffeur laisse le moteur tourner pour que ça chauffe un peu, je ne voudrais pas qu’on manque ensuite d’essence pour repartir, ce serait la blague ! Cette fois, personne ne descend, il fait trop froid, nous enfilons jusqu’à nos capuches. Dans ce genre de situation, quand il est bien tard, qu’on vient de faire déjà plus d 13h de bus, on se met à penser un peu à tout et à n’importe quoi. En ce qui me concerne, j’ai eu un petit passage a vide pendant lequel j’ai pensé à cette histoire vraie de l’avion qui s’était craché dans je ne sais plus quelle cordillère et dont les survivants avaient dû se manger entre eux pour survivre. Et là, je me dis c’est sûr, les 2 occidentaux, on va être les premiers à y passer si jamais on reste bloquer là et qu’on met quelques jours à nous retrouver…je sais, faut que j’arrête la science fiction, je blaguais (a moitie), et que je revienne à la réalité et là, ce n’est pas mieux non plus. Je me mets à penser à mon ex carrière professionnelle, aux choix qu’on fait dans la vie et ceux qu’on ne fait pas, aux gens qu’on a rencontrés, aux ex collegues…et puis on regarde le ciel étoilé avec sa lune orange depuis la vitre de ce satané bus, et on se dit « si j’avais su…je serai quand même venue ! ». 1 panne, 2 pannes…juste le soir où nous devions souhaiter l’anni de Jo, c’est là notre seule frustration. Rebelote, 2h plus tard, les pneus sont réparés, nous repartons, il est 23h30 ! Et là tout d’un coup, devinez quoi ? Mais non, pas encore ;) Tous les Mongols se mettent à chanter en cœur des prières et chants traditionnels comme pour conjurer le mauvais sort et proteger le bus sur la fin de son trajet. Pendant les 150kms restants ils n’arrêteront pas d'enchainer melodie apres melodie, hommes comme femmes, jeunes comme vieux, le bus atteindra enfin UB à 2h du matin. Vous pensez peut-être que la journée en enfer est finie ? Et bien non, elle se poursuit par la nuit glaciale ! Il faut à présent qu’on aille se coucher…à cette heure-ci, c’est pas gagné ! Il fait -10°, nous sommes congelés, cela va bientôt faire 24h que nous sommes debout. 1ère guesthouse, introuvable…2ème guesthouse, fermée… dis donc, ça me rappelle la même situation qu’il y a 1mois, même ville, m&ecir |